EUTONIE

Données essentielles de la méthode
Gerda Alexander, plutôt que de rechercher une diminution du tonus musculaire pendant un court instant, veut nous apprendre à découvrir, dans chacun de nos mouvements et de nos actes, le «juste degré de tension » nécessaire. Il ne s'agit donc plus d'isoler le corps de tout contexte, de produire une « privation sensorielle », mais bien plutôt de nourrir le sujet de ses propres sensations, comme si les mouvements valaient ce que valent les sensations dont ils viennent ou qu'ils suscitent. Une étude basée sur de la très sophistiquée technique d ' « idéographie cérébrale » semble donner une base physiologique à cette hypothèse. En effet, on a montré que lors du mouvement d'un membre la zone du cerveau la plus active métaboliquement n'était pas la zone de commande de ce mouvement mais la zone réceptrice des sensations y correspondant.
La zone de commande des membres est la circonvolution frontale ascendante, la zone réceptrice est la zone pariétale ascendante.
L'eutonie est bien un « Yoga » dans ce sens de Yoga qui veut dire « s'unifier ». Dès lors, l'eutonie ne peut aller sans un bon équilibre dynamique du système nerveux à tous les niveaux, en particulier au niveau régulations neuro-végétatives bonne digestion, bon fonctionnement glandulaire
Pour enseigner ou corriger une attitude ou un mouvement, G. Alexander ne se sert pas d'une attitude ou d'un mouvement. Elle laisse le sujet avec son maintien habituel et essaye de lui en faire prendre conscience, afin que de lui-même il se rende compte peu à peu de ce qui se passe dans son corp», notamment de tout le passé qui s'y est inscrit de différentes façons : dans telle attitude, dans telle contraction ou dans tel relâchement. Le sujet perçoit alors qu'il utilise son corps (qu'il s'utilise soi-même) d'une manière parfois incommode, nuisible à son bien-être au lieu d'être agréable ; et aussi de manière fatigante, pénible. La constatation faite, à propos de tel détail ou de la posture d'ensemble, réagit sur ce détai.
Le « contact perméable »
Il s'agit peut-être de la notion essentielle dans la méthode de Gerda Alexander. Elle différencie le contact du toucher, en ce sens que le premier est chargé du vécu unissant celui qui touche à l'objet ou à la personne touchée. Toucher quelqu'un (par exemple dans une foule) n'implique pas un véritable contact entre moi et cette personne. De même, lorsque ma peau perçoit le sol, l'eau, l'air ou le feu : à un même degré de stimulation au niveau concret peuvent correspondre différents niveaux de contact (selon que j'intègre plus ou moins les valeurs émotionnelles, symbolique, etc.).
Le contact n'est pas simple passivité, il est constituant d'échange, comme les racines avec le sol elles s'avancent en lui mais conservent leur perméabilité à son égard. Le contact peut exister, et existe naturellement à notre insu cependant il peut être renforcé par une attitude ouverte « en direction de l'objet » attitude de vection réciproque, de réception et de don jusqu'à la disparition des frontières. Le contact est d'autant plus aisé à obtenir que le partenaire est moins mentalisé (enfant, animal). Chez un même individu, les possibilités de contacts varient d'un endroit à l'autre de son organisme. Tel avec qui le courant passe par le regard, constituera une frontière glacée au niveau du bras et sera peut-être, à nouveau, capable de réciprocité dans la zone des pieds. De même, le contact de telle partie de mon corps avec telle autre peut être évidente ou problématique. Je peux prendre contact avec mes cheveux et pas avec mon nez, par exemple. On peut être capable de recevoir, incapable de donner, ou réciproquement.
G. Alexander et Digelman avancent l'hypothèse selon laquelle la nature des possibilités de contact chez un sujet donné prend sa source dans la relation de peau à peau entre la mère et l'enfant dès sa naissance et même avant celle-ci. Dans cette optique, prévenir la pathologie du contact comporterait d'inviter les mères à allaiter leur enfant nu, à le porter sur le dos pendant leurs activités, etc.
Quand le contact est « mauvais », pathologique, ce qui est la règle générale, G. Alexander propose des techniques car la simple prise de conscience du trouble ne suffit pas toujours à la guérison. On utilise, bien sûr, l'inventaire des points de contact entre soi et les choses, l'espace, l'autre. On se sert aussi de manipulations qui permettent un élargissement de la conscience du corps, le développement quantitatif et qualitatif du « contact du corps entre ses parties ou avec un autre, la prise de conscience et l'abolition de crispations localisées. Parmi les techniques de manipulation on peut citer
- le contact « pulsé » dans lequel le thérapeute « donne » et
reçoit » alternativement
- le modelage du corps
- l'étirement de la peau et des tissus conjonctifs
- les mouvements passifs, le sujet étant « mis en mouvement » par le thérapeute. Il s'agit de mouvements très lents, en extension.
Les manipulations permettent la mise en évidence de zones crispées de résistance, elles entraînent des modifications respiratoires témoins de traumatismes anciens dont le souvenir peut resurgir sous une forme très impressionnante, voisine de l'hallucinose.
Les Postures (contrôle)
Elles sont proches, formellement, de celles du Yoga mais leur objectif est différent. On ne les utilise pas pour leur effet spécifique, mais à titre de « contrôle » afin de dépister les contractures passées inaperçues au cours de l'inventaire ou des exercices de contact.
Mouvements alternés
Il s'agit de vérifier la faculté de se relâcher par une alternance de contractions et décontractions. L'analogie avec la méthode de relaxation de Jacobson est superficielle. Ici, contrôle ; dans le Jacobson, technique visant à obtenir la relaxation... En effet, comme nous l'avons déjà souligné, ce que recherche l'eutonie n'est pas une disparition absolue de toutes les tensions mais
l'anéantissement de toute tension inutile au geste effectué. Il s'agit d'avoir « toutes les parties du corps à un degré de tension musculaire optimal » en fonction de ce que la personne veut faire. Cela nécessite une grande cohérence entre toutes les parties du corps. L'inadaptation d'une partie aux autres entraîne en cascade toute une série de déséquilibres que le sujet doit corriger, et toute une série de ruptures de rythme qu'il doit rattraper. Il n'est donc pas d'eutonie sans unité corporelle, sans unité de la personne tout court. L'eutonie est bien un « Yoga » dans ce sens de Yoga qui veut dire « s'unifier ». Dès lors, l'eutonie ne peut aller sans un bon équilibre dynamique du système nerveux à tous les niveaux, en particulier au niveau régulations neuro-végétatives bonne digestion, bon fonctionnement glandulaire, etc.
La tension peut être convenable au niveau statique et se détériorer lors du mouvement. Pour cette raison, ce dernier joue un grand rôle dans la méthode de Gerda. Il ne s'agit pas tellement d'apprendre au sujet comment exécuter tel mouvement que de lui permettre de s'éprouver l'exécutant. L'expérience montre, et les travaux idéographiques (cf. note 3) confirment que cette conscience de 'soi-agissant' augmente visiblement la qualité de ce qui est agi. La capacité au mouvement libre et souple s'accroît. Ainsi le lombalgique, dont on a pu montrer qu'il utilise trop fort et trop souvent sa musculature lombaire, apprendra à distribuer autrement ses efforts tout le long de la colonne vertébrale. Simultanément il ressentira moins la nécessité de se valoriser en permanence aux yeux d'autrui.
Les gestes entraînent avec eux les mouvements dont certains sont nécessaires (pour maintenir l'équilibre) ou utiles (préparer le prochain geste, exprimer une émotion, augmenter l'efficacité), alors que d'autres sont surnuméraires (syncinésies) ou nuisibles (vestiges d'émotions d'autrefois ou d'intentions provenant de l'inconscient). D. Digelman indique que l'acquisition d'un mouvement approprié à l'action implique
1. une intégration suffisante de l'image du corps avec orientation temporo-spatiale dans le monde
2. l'accès au désir
3. l'acceptation du rythme d'action propre aux appartenances culturelles, climatiques et géographiques du sujet.
Les techniques utilisées sont ici l'étirement spontané
les mouvements en extension
les mouvements en extension contre résistance.
On apprend également à situer le mouvement dans son contexte et à dialoguer avec
. la pesanteur physique
. le groupe, les autres
. la musique.
c. Données pratiques
Le travail qui peut être commencé à un niveau individuel doit rapidement devenir un travail collectif. L'animateur réunit un groupe plus ou moins nombreux, en fonction de ses propres capacités d'intégration, et de diverses considérations pratiques (dimensions de la salle dont il dispose par exemple). Le rythme de une ou deux fois par semaine semble proche de l'idéal. Mais des difficultés dans la réalisation d'une telle assiduité feront souvent espacer les séances : inconvénient minime si, entre temps, le sujet prend soin de travailler personnellement à partir du vécu de la séance précédente.
Une séance se bâtit suivant un programme indéfini. C'est dire que l'eutoniste peut prévoir un thème mais que, lorsque la séance se déroule, il doit souplement répondre aux besoins instantanés du groupe. De même la durée consacrée à un exercice variera considérablement d'un groupe à l'autre, d'un élève à l'autre et même d'un jour à l'autre pour le même élève. Ceci dans le plus pur esprit Yoga.
Cette technique consiste à prendre une simple conscience des sensations provenant de telle ou telle partie du corps sans prévenir le sujet de manière suggestive comme on le ferait en sophrologie ou dans d'autres formes de relaxation. La personne dirigeant son attention vers le bras droit, par exemple, constate qu'elle le sent lourd ou léger ou qu'elle n'en perçoit pas le poids, remarque la longueur qu'il a ou qu'il lui paraît bizarrement raccourci. Elle distingue ses différentes zones ou mêle tout dans une perception indifférenciée. Elle le ressent comme froid, tiède, chaud ou brûlant, etc. On peut demander au client de ressentir les contacts de son corps avec le sol, avec les vêtements, avec l'air. On propose aussi de prendre conscience de l'intérieur du corps, des os, etc. Toujours on ramène, après un inventaire morceau par morceau, à l'unité globale du perçu de l'ensemble.
Au cours de cet inventaire on fait souvent des découvertes inattendues, précisément inattendues parce que répondant à des attitudes inconscientes.